Séance budgétaire du 16 au 18 décembre 2009 - Discussion générale
Monsieur le Président,
L’ordre de passage des groupes nous a permis de mesurer les brassées de fleurs qui viennent de vous être adressées par vos amis et alliés, surtout ceux qui se préparent à monter contre vous des listes concurrentes, et qui vous souhaitent en plus de goûter à une retraite bien méritée.
Je suis muette d’admiration devant tous les pétales de chrysanthèmes qui flottent encore au plafond : que de louanges ! Que d’effusions ! C’est vraiment Noël avant Noël.
Le groupe Front National aurait souhaité s’associer à ce concert de louanges, dont la sincérité, j’en suis certaine, vous est allée droit au cœur.
J’aurais aimé, moi aussi, et puisque vous l’appréciez, reprendre certaines expressions d’origine asiatique, vous déclarer que vous êtes notre Grand Timonier, qui a conduit notre glorieuse jonque francilienne vers les rivages de l’opulence, à travers des flots d’eau pure ou à tout le moins dépolluée.
Mais j’avoue que j’ai eu quelques peines à aller plus avant dans cet exercice et à en rajouter aux flots d’autocongratulations qui jaillissent des crapauducs de votre ancienne majorité.
Mais alors d’où vient mon scepticisme ? Parlons franc : vos documents budgétaires n’inclinent pas à l’optimisme, avec d’ailleurs, d’une année sur l’autre, et depuis le début de la mandature, les mêmes ritournelles, les mêmes faux remèdes, et surtout l’absence d’une grande ambition pour notre région capitale. Avec cependant une différence cette année : vous nous déclarez chaque année que l’heure est grave, mais cette fois-ci, la situation régionale est réellement devenue critique.
1°) Et ce sera mon premier reproche : une crise économique
persistante débouche pour la première fois sur des finances régionales
très dégradées.
La crise économique débouche en effet sur un taux de chômage de 8%,
sans compter la précarisation de nombreux emplois non comptabilisés.
Autrement dit, ce taux régional, qui s’aggrave, tend à rattraper le
taux national (qui dépasse les 9%) ; avec un phénomène connu depuis les
mandatures des Présidents Krieg et Giraud : en Ile-de-France, fortement
tertiarisée, les crises, et l’on a vu en 2001, arrivent plus tard, plus
vite, quitte à dépasser ensuite, comme en 2004, le taux de chômage
national.
Alors évidemment, en deux ans, les impôts de flux se sont tassés (de la
moitié pour la redevance sur les créations de bureaux, du quart sur les
cartes grises).
Et, globalement, vos recettes permanentes diminueront de 2,5%.
Les dotations de l’Etat, quant à elles, augmenteront de 1%. Vous auriez
voulu davantage. Mais le budget de l’Etat est déjà en difficulté, et
n’est pas assimilable au tonneau des Danaïdes.
Alors, plutôt que de restreindre vos dépenses, ce qui aurait pu couler
de source, vous les augmentez : de 2% en fonctionnement et de 3,2% en
investissement.
Dès lors, parlons clair : votre budget est en déficit, puisque votre
emprunt d’équilibre va augmenter de plus de 50%, soit près de quatre
fois les remboursements, alors que notre dette par habitant, vous le
reconnaissez vous-même, est déjà supérieur à la moyenne nationale. Et
la charge de la dette dérapera déjà de 29,9% entre 2009 et 2010.
Alors, une question, une seule : vous nous avez dit, lors de la
dernière plénière, que les agences Fitch et Moody’s ont maintenu notre
notation triple A. Mais franchement, Président, ces agences
avaient-elles alors connaissance de votre budget 2010 que je
qualifierais de calamiteux ?
2°) Car, et ce sera mon second reproche, vos dépenses restent du
« tout prioritaire », et leur caractère contracyclique, en faveur de
l’emploi n’apparaît aucunement dans vos prévisions.
D’ailleurs, où se trouveraient vos marges de manœuvre en 2010, avec des
dépenses de fonctionnement montées à 57%, contre 43% seulement
d’investissement ?
Alors, nous le reconnaissons, il existe quelques efforts
contracycliques en faveur de l’emploi ; et j’en citerai deux dans le
secteur du Président BRUNEL :
• d’abord une augmentation de 13% dans les aides à l’investissement aux CFA,
• et, en développement économique, les crédits d’investissement bondissent quant à eux de 18 M€ à 23 M€, soit +30%. C’est bien !
• Mais les chiffres méritent d’être ramenés à leur valeur absolue : 23
M€ c’est bien, mais le budget de fonctionnement de l’ARD c’est presque
la moitié. Or, croyez-vous sincèrement que l’ARD va nous sauver du
marasme ?
• Non, voyez-vous : quand je constate qu’au chapitre 905 plus de 250
millions d’euros vont être directement ou indirectement consacrés à la
politique de la Ville, fort critiquée par la Cour des Comptes, avec sa
part d’immigration de peuplement, quand je vois les masses des crédits
engagées pour les délégations de Mesdames Villiers ou Bavay, je me dis
que vous ne contribuez pas réellement au sauvetage économique de notre
Région.
Car ce sauvetage passe par des investissements lourds et structurants pour l’avenir.
3°) Et ce sera mon troisième reproche, et non le moindre : l’absence d’investissements structurants.
Oui, franchement, Président Huchon, que bâtissez-vous pour
l’Ile-de-France de demain ? Quel sera le bilan de votre passage à ce
perchoir régional ? Il y a certes la réfection des lycées,
indispensables certes, mais qui ne marqueront pas profondément
leur époque. Il y aura bien évidemment les mosquées cathédrales, que
vos amis et vous-mêmes vous empressez de cofinancer, en mélangeant le
culturel et le cultuel.
Mais qu’en est-il dans le domaine des transports ? Alors là, vous serez
et vous restez l’homme qui n’a rien fait, à l’instar d’un homme
politique de la 4ème république, le bon Docteur Queuille, surnommé le
champion de l’immobilisme.
Immobilisme sur la route bien sûr, mais aussi dans les voies ferrées. Voyons successivement les deux points :
→ Sur les routes, vous pourrez vous vanter de ne pas avoir construit un
centimètre de route nouvelle. Et votre maigre budget 2010, en baisse de
4%, se cantonne à des boulevards urbains dans les villes nouvelles et à
la sécurité routière en bordure des chaussées.
Le résultat, vous le connaissez : à l’Est parisien, vous avez réussi à
créer le second plus grand bouchon du monde en heure-kilomètre cumulés.
Cela, il fallait le faire, avec son cortège de temps perdu et
d’encombrements polluants. Mais, me direz-vous, vous étiez un
visionnaire, puisque vous aviez prévu le passage aux transports
collectifs.
→ Alors, les transports collectifs, parlons-en !
Dans l’annexe 11, vous avez réussi en 2010 à réduire les crédits de
paiement de 9 M€, en vous bornant souvent à des « préfigurations » du
plan d’urgence ; avec cinq lignes de tramway, trois lignes de métro et
deux RER.
Voilà de quoi rendre fous de joie les usagers de la ligne 13, et des
RER C et D, exaspérés par les pannes de réseaux : quand ce n’est pas le
ballast ce sont les rails, ou les caténaires, ou les motrices.
Mais les banlieusards peuvent reprendre espoir : vous avez inscrit la
bagatelle de 2,8 milliards d’euros en autorisations de programme, dont
1,8 milliards est programmé au-delà de 2012.
Bref, entre le train fantôme du grand huit de Monsieur BLANC et vos
propres projets que peu de nous emprunteront en ce bas monde, vous
jouez contre l’Etat avec de l’argent de Monopoly.
En clair, qu’il s’agisse des réseaux intra-muros, ou de couronne, ou
entre banlieues, bien peu de projets se concrétisent. En bref, vous et
vos amis Verts avez voulu remplacer des transports individuels qui
existaient par des transports collectifs purement virtuels : la moitié
des transports collectifs ferroviaires est en surcharge et l’autre
moitié est en projet.
Alors, pour faire patienter les passagers, vous allez inaugurer en
grande pompe des trains canadiens équipés d’écrans de télévision,
lesquels risquent d’ailleurs de connaitre un sort funeste.
Cela donne une idée du retard que vous avez accumulé, puisque ces rames
équipent déjà certains TER provinciaux depuis près de dix ans.
Alors, voyez-vous Président, pour conclure, je vous poserai,
confidentiellement bien sûr, et cela restera entre nous, une question
que le Front National se pose chaque jour : Président Huchon, ne
seriez-vous pas devenu sarkozyste ?
Nous n’avons pas à l’esprit les dettes abyssales que vous êtes en train
de contracter, ni certaines dépenses aussi somptuaires que
clientélistes.
Non, votre point commun avec le Chef de l’Etat est ailleurs. Votre
grand projet implicite mais mené avec détermination, au Président de la
République comme à vous-même n’est-il pas, finalement le métissage ?
Métissage des cultures ? Voire au-delà ?
Car quand on voit les subventions déversées dans les délégations de
certains secteurs de l’action régionale (milieu associatif, habitat,
allocations de recherche), on peut sérieusement se poser la question.
Je vous remercie.
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