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HUCHON : le grand Timonier d’un bateau ivre ? Version imprimable Suggérer par mail
Interventions
09 janvier 2010

Séance budgétaire du 16 au 18 décembre 2009 - Discussion générale


Monsieur le Président,

L’ordre de passage des groupes nous a permis de mesurer les brassées de fleurs qui viennent de vous être adressées par vos amis et alliés, surtout ceux qui se préparent à monter contre vous des listes concurrentes, et qui vous souhaitent en plus de goûter à une retraite bien méritée.

Je suis muette d’admiration devant tous les pétales de chrysanthèmes qui flottent encore au plafond : que de louanges ! Que d’effusions ! C’est vraiment Noël avant Noël.

Le groupe Front National aurait souhaité s’associer à ce concert de louanges, dont la sincérité, j’en suis certaine, vous est allée droit au cœur.

J’aurais aimé, moi aussi, et puisque vous l’appréciez, reprendre certaines expressions d’origine asiatique, vous déclarer que vous êtes notre Grand Timonier, qui a conduit notre glorieuse jonque francilienne vers les rivages de l’opulence, à travers des flots d’eau pure ou à tout le moins dépolluée.

Mais j’avoue que j’ai eu quelques peines à aller plus avant dans cet exercice et à en rajouter aux flots d’autocongratulations qui jaillissent des crapauducs de votre ancienne majorité.

Mais alors d’où vient mon scepticisme ? Parlons franc : vos documents budgétaires n’inclinent pas à l’optimisme, avec d’ailleurs, d’une année sur l’autre, et depuis le début de la mandature, les mêmes ritournelles, les mêmes faux remèdes, et surtout l’absence d’une grande ambition pour notre région capitale. Avec cependant une différence cette année : vous nous déclarez chaque année que l’heure est grave, mais cette fois-ci, la situation régionale est réellement devenue critique.

1°)
Et ce sera mon premier reproche : une crise économique persistante débouche pour la première fois sur des finances régionales très dégradées.

La crise économique débouche en effet sur un taux de chômage de 8%, sans compter la précarisation de nombreux emplois non comptabilisés.

Autrement dit, ce taux régional, qui s’aggrave, tend à rattraper le taux national (qui dépasse les 9%) ; avec un phénomène connu depuis les mandatures des Présidents Krieg et Giraud : en Ile-de-France, fortement tertiarisée, les crises, et l’on a vu en 2001, arrivent plus tard, plus vite, quitte à dépasser ensuite, comme en 2004, le taux de chômage national.

Alors évidemment, en deux ans, les impôts de flux se sont tassés (de la moitié pour la redevance sur les créations de bureaux, du quart sur les cartes grises).

Et, globalement, vos recettes permanentes diminueront de 2,5%.

Les dotations de l’Etat, quant à elles, augmenteront de 1%. Vous auriez voulu davantage. Mais le budget de l’Etat est déjà en difficulté, et n’est pas assimilable au tonneau des Danaïdes.

Alors, plutôt que de restreindre vos dépenses, ce qui aurait pu couler de source, vous les augmentez : de 2% en fonctionnement et de 3,2% en investissement.

Dès lors, parlons clair : votre budget est en déficit, puisque votre emprunt d’équilibre va augmenter de plus de 50%, soit près de quatre fois les remboursements, alors que notre dette par habitant, vous le reconnaissez vous-même, est déjà supérieur à la moyenne nationale. Et la charge de la dette dérapera déjà de 29,9% entre 2009 et 2010.

Alors, une question, une seule : vous nous avez dit, lors de la dernière plénière, que les agences Fitch et Moody’s ont maintenu notre notation triple A. Mais franchement, Président, ces agences avaient-elles alors connaissance de votre budget 2010 que je qualifierais de calamiteux ?


2°) Car, et ce sera mon second reproche, vos dépenses restent du « tout prioritaire », et leur caractère contracyclique, en faveur de l’emploi n’apparaît aucunement dans vos prévisions.

D’ailleurs, où se trouveraient vos marges de manœuvre en 2010, avec des dépenses de fonctionnement montées à 57%, contre 43% seulement d’investissement ?

Alors, nous le reconnaissons, il existe quelques efforts contracycliques en faveur de l’emploi ; et j’en citerai deux dans le secteur du Président BRUNEL :

• d’abord une augmentation de 13% dans les aides à l’investissement aux CFA,
• et, en développement économique, les crédits d’investissement bondissent quant à eux de 18 M€ à 23 M€, soit +30%. C’est bien !
• Mais les chiffres méritent d’être ramenés à leur valeur absolue : 23 M€ c’est bien, mais le budget de fonctionnement de l’ARD c’est presque la moitié. Or, croyez-vous sincèrement que l’ARD va nous sauver du marasme ?
• Non, voyez-vous : quand je constate qu’au chapitre 905 plus de 250 millions d’euros  vont être directement ou indirectement consacrés à la politique de la Ville, fort critiquée par la Cour des Comptes, avec sa part d’immigration de peuplement, quand je vois les masses des crédits engagées pour les délégations de Mesdames Villiers ou Bavay, je me dis que vous ne contribuez pas réellement au sauvetage économique de notre Région.

Car ce sauvetage passe par des investissements lourds et structurants pour l’avenir.

3°) Et ce sera mon troisième reproche, et non le moindre : l’absence d’investissements structurants.

Oui,  franchement, Président Huchon, que bâtissez-vous pour l’Ile-de-France de demain ? Quel sera le bilan de votre passage à ce perchoir régional ? Il y a certes la réfection des lycées,  indispensables  certes,  mais  qui  ne  marqueront  pas  profondément  leur époque. Il y aura bien évidemment les mosquées cathédrales, que vos amis et vous-mêmes vous empressez de cofinancer, en mélangeant le culturel et le cultuel.

Mais qu’en est-il dans le domaine des transports ? Alors là, vous serez et vous restez l’homme qui n’a rien fait, à l’instar d’un homme politique de la 4ème république, le bon Docteur Queuille, surnommé le champion de l’immobilisme.

Immobilisme sur la route bien sûr, mais aussi dans les voies ferrées. Voyons successivement les deux points :

→ Sur les routes, vous pourrez vous vanter de ne pas avoir construit un centimètre de route nouvelle. Et votre maigre budget 2010, en baisse de 4%, se cantonne à des boulevards urbains dans les villes nouvelles et à la sécurité routière en bordure des chaussées.

Le résultat, vous le connaissez : à l’Est parisien, vous avez réussi à créer le second plus grand bouchon du monde en heure-kilomètre cumulés. Cela, il fallait le faire, avec son cortège de temps perdu et d’encombrements polluants. Mais, me direz-vous, vous étiez un visionnaire, puisque vous aviez prévu le passage aux transports collectifs.

→ Alors, les transports collectifs, parlons-en !

Dans l’annexe 11, vous avez réussi en 2010 à réduire les crédits de paiement de 9 M€, en vous bornant souvent à des « préfigurations » du plan d’urgence ; avec cinq lignes de tramway, trois lignes de métro et deux RER.

Voilà de quoi rendre fous de joie les usagers de la ligne 13, et des RER C et D, exaspérés par les pannes de réseaux : quand ce n’est pas le ballast ce sont les rails, ou les caténaires, ou les motrices.

Mais les banlieusards peuvent reprendre espoir : vous avez inscrit la bagatelle de 2,8 milliards d’euros en autorisations de programme, dont 1,8 milliards est programmé au-delà de 2012.

Bref, entre le train fantôme du grand huit de Monsieur BLANC et vos propres projets que peu de nous emprunteront en ce bas monde, vous jouez contre l’Etat avec de l’argent de Monopoly.

En clair, qu’il s’agisse des réseaux intra-muros, ou de couronne, ou entre banlieues, bien peu de projets se concrétisent. En bref, vous et vos amis Verts avez voulu remplacer des transports individuels qui existaient par des transports collectifs purement virtuels : la moitié des transports collectifs ferroviaires est en surcharge et l’autre moitié est en projet.

Alors, pour faire patienter les passagers, vous allez inaugurer en grande pompe des trains canadiens équipés d’écrans de télévision, lesquels risquent d’ailleurs de connaitre un sort funeste.

Cela donne une idée du retard que vous avez accumulé, puisque ces rames équipent déjà certains TER provinciaux depuis près de dix ans.

Alors, voyez-vous Président, pour conclure, je vous poserai, confidentiellement bien sûr, et cela restera entre nous, une question que le Front National se pose chaque jour : Président Huchon, ne seriez-vous pas devenu sarkozyste ?

Nous n’avons pas à l’esprit les dettes abyssales que vous êtes en train de contracter, ni certaines dépenses aussi somptuaires que clientélistes.

Non, votre point commun avec le Chef de l’Etat est ailleurs. Votre grand projet implicite mais mené avec détermination, au Président de la République comme à vous-même n’est-il pas, finalement le métissage ? Métissage des cultures ? Voire au-delà ?

Car quand on voit les subventions déversées dans les délégations de certains secteurs de l’action régionale (milieu associatif, habitat, allocations de recherche), on peut sérieusement se poser la question.

Je vous remercie.
 

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