Monsieur le Président,
A lire votre budget et son exposé général, on croit parfois rêver.
En effet, face aux cruelles réalités, vous n’évoquez qu’un budget maîtrisé, que des dépenses ciblées, que des stratégies cohérentes ou que de priorités renforcées.
Or, à travers les mêmes chiffres, nous ne voyons qu’une part importante de gabegies, de saupoudrage, de clientélisme, et surtout de « petits grands projets » qui ne font que creuser le fossé qui nous oppose de plus en plus à l’Etat.
Les exemples en sont hélas trop nombreux ; et nos orateurs les développeront au fil des fascicules.
Mais surtout, là où vous croyez voir des marges de manœuvre, nous ne pouvons que prendre acte d’un budget contraint, atone, dépourvu de souffle, et désormais de toute grande ambition.
Car la caractéristique fondamentale de ce budget c’est qu’il est doublement contraint.
A - Contraint en recettes :
Vous ne stabilisez les taux des impôts locaux (mais non leur rendement), qu’après trois années de matraquage fiscal sans précédent. Il n’y a aucun mérite à stabiliser des recettes que votre fiscalisme a déjà majorées de 62% depuis le début de cette mandature ; toutes recettes directes et indirectes confondues. Vous avez, eu égard aux charges des franciliens, atteint une limite au-delà de laquelle les délocalisations vers les régions voisines s’accéléraient, faisant de nos franges un véritable désert économique. L’effet répulsif de votre fiscalisme avait donc atteint ses limites.
B – Mais votre budget est également contraint en dépenses.
De nombreuses prévisions budgétaires sont revues à la baisse, y compris au sein de nos cœurs de compétences que sont la formation et la planification économique.
Il est vrai que la décentralisation n’est pas étrangère à cette perte de votre marge de manœuvres : avec une section de fonctionnement qui dépasse désormais 57% du budget total contre 43% en investissement.
Avec, pour solde, un autofinancement qui chute de 38%, pour descendre à moins de 100 millions d’euros. Un chiffre négligeable par rapport au budget total et qui vous prive de toute marge de manœuvre. Le seul paramètre libre restera la dette, dont la charge augmente néanmoins, bon an mal an, de plus de 10%.
En résumé, depuis trois ans déjà, les oppositions vous préviennent : attention Monsieur HUCHON, vous êtes en train de rentrer dans la seringue. Avec cette année un constat unanime : cette fois-ci, ils sont dans la seringue !
Alors, vous nous expliquez que tous ces maux n’ont qu’une seule cause : la décentralisation.
Il est vrai que tous les transferts de compétences n’étaient pas intégralement compensés, même si votre chiffre de 198 millions d’euros semble un peu exagéré.
Mais, enfin, Messieurs de la Gauche plurielle, cette décentralisation c’est vous qui l’avez voulue ! Avec la loi DEFERRE du 2 mars 1982, et les premiers transferts de compétences intervenus en 1983-1984.
Il est vrai que vous étiez plus réservés quant aux transferts intervenus en 2004, même si vous réclamiez de longue date la maîtrise du STIF à cor et à cri.
Mais enfin, des vagues de décentralisation intervenues depuis 25 ans ou prévues depuis 4 ans, cela se prépare ! Il vous faut donc un fier aplomb pour nous présenter en page 18 un budget « hors décentralisation ».
Car les transferts de 2004 n’étaient qu’une homogénéisation vers nos cœurs de métier. En 4 ans, cela se prépare, en taillant, si nécessaire, dans des chapitres qui sont totalement extérieurs aux compétences régionales.
Et ce, au lieu de vous disperser et de consommer toutes vos marges de manœuvre, tant en dépenses qu’en recettes.
Donc voici un budget dépourvu de toute grande ambition pour 2008 et sans doute jusqu’en 2010, et ce faute de marges budgétaires.
Franchement, la Région capitale de l’Etat français méritait mieux que d’être traitée comme un arrondissement du Limousin. Où sont passés les grands projets ? Rendez-nous Maurice DOUBLET. Rendez-nous Paul DELOUVRIER. Rendez-nous le souffle des grandes ambitions, avec des villes nouvelles, avec des BPAL, avec des nouveaux quartiers d’affaires, avec un réseau routier cohérent, et un schéma ferroviaire à l’horizon 2020.
Mais il n’y a rien de tout cela dans votre budget, et il ne faudrait pas vous étonner si le Gouvernement reprenait un jour les rênes d’une Région qui n’est au fond que sa principale collectivité décentralisée.
Je vous remercie, Monsieur le Président.
Séance plénière (budgétaire) du 17 au 21 décembre 2007
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